
Sigles du secteur senior : GIR, APA, DAC expliqués
Publié par Thina FILAHARA, Co-fondatrice de Vivalea
On ne m'a jamais appris ça à l'école d'infirmière
À l'école d'infirmière, on m'a appris énormément de choses : les pathologies, les traitements, les gestes techniques, comment réagir face à l'urgence. J'ai ensuite travaillé auprès de personnes en situation de handicap, notamment dans un foyer d'accueil médicalisé pour des personnes cérébro-lésées.
Mais il y a tout un monde que j'ai découvert bien plus tard, arrivée dans le secteur du service à la personne : celui des aides, des dispositifs et des acteurs qui gravitent autour des personnes âgées et de leurs proches. Et là, quelque chose m'a assez vite dérangée. GIR, APA, DAC, SAD, ESA, MDPH, CLIC, CCAS, tout le monde dans le secteur semble trouver cela normal de jongler avec ces sigles. Moi, je n'ai jamais acquiescé à quelque chose que je ne comprenais pas, alors j'ai commencé à chercher.
Et plus je cherchais, plus je réalisais que le vrai problème n'était pas seulement la complexité du système. C'est qu'il avait fini par se construire son propre langage, un langage que les professionnels maîtrisent très bien entre eux, mais que les familles découvrent presque toujours au pire moment : un parent qui tombe, un conjoint qui ne peut plus rester seul, une sortie d'hôpital à organiser dans l'urgence.
Le secteur du bien vieillir parle une langue qui n'est pas celle des personnes qu'il est censé aider. Alors je vais essayer de la traduire, sans dictionnaire administratif, avec des mots simples.
Si vous êtes dans l'urgence : commencez ici
Si vous êtes face à une situation qui vous dépasse là, maintenant, ne cherchez pas à tout comprendre d'un coup. Vous n'avez pas besoin de connaître quinze dispositifs avant de demander de l'aide.
Commencez par le CCAS de votre mairie, ou par le service d'information et d'orientation de votre département. Expliquez la situation avec vos propres mots : qui est concerné, ce qui devient difficile au quotidien, si c'est urgent. Ce n'est pas à vous de trouver le bon sigle, c'est à eux de vous orienter vers le bon interlocuteur. C'est justement là que le système devrait vous faciliter la vie, pas vous la compliquer.
Les sigles que vous devez vraiment connaître
Il y en a beaucoup, vraiment beaucoup. Mais vous n'avez pas besoin de tous les retenir, voici ceux qui reviennent le plus souvent aux grandes étapes d'un parcours de vieillissement.
GIR : le niveau de perte d'autonomie
Le GIR, c'est le groupe iso-ressources. Il sert à évaluer le niveau de perte d'autonomie d'une personne âgée, sur une échelle de 1 à 6 : GIR 1 pour les situations de dépendance les plus lourdes, GIR 6 pour une autonomie encore largement préservée dans les gestes du quotidien.
C'est important parce que ce chiffre conditionne l'accès à certaines aides, dont l'APA. Mais attention à une confusion fréquente : le GIR n'est pas une aide, c'est une évaluation. On regarde d'abord la situation réelle de la personne, et c'est seulement ensuite, selon ce niveau d'autonomie et ses ressources, que des aides peuvent être mobilisées. C'est une nuance simple, mais elle change beaucoup de choses au moment où on commence vraiment à chercher des solutions.
APA : l'aide pour accompagner la perte d'autonomie
L'APA, l'allocation personnalisée d'autonomie, concerne les personnes de 60 ans et plus en perte d'autonomie. Elle peut aider à financer les aides nécessaires pour rester à domicile et c'est là qu'on retrouve le fameux GIR.
Mais ce n'est pas aussi mécanique qu'on pourrait le croire : ce n'est pas "vous êtes GIR 3, donc vous touchez telle somme". Une évaluation est faite pour comprendre les besoins réels de la personne et construire un plan d'aide adapté : aide à domicile, dispositifs de sécurisation du quotidien, parfois même du répit pour les proches. Pour résumer simplement : le GIR évalue le niveau d'autonomie, l'APA finance l'accompagnement de sa perte.
EHPAD, résidence autonomie : ce n'est pas la même chose
C'est probablement l'un des premiers sujets qui viennent en tête quand le maintien à domicile devient compliqué, et pourtant les mots comptent beaucoup ici.
Un EHPAD accueille des personnes qui ont besoin d'un accompagnement important au quotidien et de soins adaptés à leur état de santé, c'est un établissement médicalisé. Une résidence autonomie, c'est différent : elle s'adresse à des personnes encore autonomes ou relativement autonomes, qui veulent simplement vivre dans un logement adapté, avec des espaces et des services collectifs. Ce n'est pas une version "allégée" de l'EHPAD, ce sont deux réponses à deux besoins différents.
Et entrer en établissement ne devrait pas être pensé uniquement comme la conséquence d'une perte d'autonomie. Parfois c'est le logement qui n'est plus adapté, parfois c'est l'isolement, parfois ce sont les proches qui sont épuisés et parfois, c'est simplement un choix de vie. Il n'existe pas une seule bonne manière de vieillir.
SAD : les services d'aide et de soins à domicile
Le SAD, c'est le service autonomie à domicile. Le changement de vocabulaire peut donner l'impression que tout devient encore plus compliqué, mais l'idée derrière est plutôt l'inverse : rapprocher les services qui interviennent chez une personne âgée.
Parce qu'une même personne peut avoir besoin d'aide pour le ménage, pour la toilette, de soins infirmiers et d'aide pour les repas et derrière chacun de ces besoins, il peut y avoir des professionnels, des financements et des interlocuteurs différents. Pour une famille qui découvre cette organisation d'un coup, l'ensemble devient vite illisible. La vraie question n'est donc pas seulement « est-ce que cette aide existe », mais « qui contacter, à quel moment, pour quoi faire ».
DAC : quand personne ne sait vraiment vers qui se tourner
C'est probablement l'un des dispositifs que j'aimerais voir beaucoup plus connu. Le DAC, le dispositif d'appui à la coordination, aide les professionnels à coordonner plusieurs intervenants quand une situation devient complexe. Sur le papier, cela paraît évident.
Dans les faits, une famille ne se dit jamais « la situation de mon père relève d'un dispositif d'appui à la coordination ». Elle dit plutôt qu'elle ne sait plus quoi faire, qu'elle ne sait pas qui appeler, que tout le monde la renvoie vers quelqu'un d'autre. On peut créer les meilleurs dispositifs du monde, si personne ne sait qu'ils existent, cela ne change rien pour les familles qui en auraient besoin.
CCAS, CLIC, MDPH : trois portes qui reviennent souvent
Le CCAS dépend de votre commune. C'est souvent une bonne première porte pour comprendre les aides et services disponibles localement, et vous n'avez pas besoin d'arriver avec le bon vocabulaire, vous pouvez juste expliquer votre situation.
Le CLIC a historiquement été un point d'entrée important pour les personnes âgées et leurs proches. Selon les territoires, ses missions peuvent aujourd'hui être intégrées à d'autres structures départementales, notamment les DAC, c'est justement l'une des difficultés du système : les noms et les organisations varient d'un territoire à l'autre.
La MDPH, elle, concerne les personnes en situation de handicap. Attention à ne pas tout mélanger avec les dispositifs pour personnes âgées : on peut être âgé et en situation de handicap en même temps, mais les réponses et les interlocuteurs ne seront pas nécessairement les mêmes selon l'âge et le parcours.
Et les autres sigles ?
Je pourrais continuer longtemps : ESA, HAD, SAMSAH, MDA, et il y en a encore d'autres. Mais je ne veux pas tomber dans le piège que je dénonce : vous donner une liste de trente sigles ne va pas vous aider à mieux accompagner votre parent.
Alors juste quelques repères. L'ESA peut intervenir auprès de personnes atteintes d'Alzheimer ou de troubles apparentés, sur prescription médicale. L'HAD, l'hospitalisation à domicile, permet de prendre en charge chez la personne des situations qui nécessiteraient sinon une vraie hospitalisation. Le SAMSAH accompagne des adultes en situation de handicap dans leur vie quotidienne, sociale et médicale, celui-là me touche particulièrement, il me rappelle les personnes cérébro-lésées que j'accompagnais au FAM, et à quel point les frontières entre handicap et grand âge se croisent plus souvent qu'on ne le pense. Et la MDA, la maison départementale de l'autonomie, existe dans certains départements comme porte d'entrée regroupant les réponses autour de l'autonomie mais pas partout.
Même une fois tous ces sigles connus, il reste une question très concrète : qui contacter en premier ?
Le problème, ce n'est pas qu'il existe trop d'aides
Je ne pense pas qu'il faille tout supprimer pour repartir de zéro. Le vieillissement est complexe, les situations sont toutes différentes, les besoins d'une personne de 72 ans qui vit seule et commence à perdre en mobilité n'ont rien à voir avec ceux d'une personne de 88 ans avec des troubles cognitifs, dont le conjoint est lui-même épuisé. Il est normal qu'il existe plusieurs réponses.
Le problème, c'est quand la complexité du système devient elle-même une charge pour la personne qui demande de l'aide. Vous venez de comprendre que votre mère ne peut plus rester seule toute la journée. Vous travaillez, vous avez vos enfants, vous habitez peut-être à trois cents kilomètres, vous ne connaissez rien à ce secteur et on vous demande de comprendre le GIR, l'APA, le SAD, le DAC, la caisse de retraite, le médecin traitant, les aides fiscales. À ce moment-là, le problème n'est plus seulement la perte d'autonomie de votre mère. C'est votre charge mentale à vous, et on en parle encore trop peu.
Pourquoi j'ai voulu écrire ce glossaire
C'est exactement ce qui m'a frappée en arrivant dans ce secteur. On a des professionnels compétents, des dispositifs, des associations, des services publics, des entreprises qui innovent et malgré cela, les familles peuvent se sentir complètement seules au milieu.
J'ai récemment échangé avec Aurélien Poisson, directeur France de Legrand Care, et notre conversation m'a fait réfléchir à cette question : comment faire pour que les gens comprennent réellement les solutions qui existent, avant d'être complètement dépassés ? C'est aussi une partie de la raison pour laquelle j'ai créé Vivalea. Je ne veux pas ajouter un dispositif de plus à une liste déjà longue, je veux faire le lien : comprendre la situation, identifier les besoins, expliquer ce qui existe, orienter vers les bons interlocuteurs. Sans jamais demander aux familles de devenir expertes du système pour avoir le droit d'être accompagnées.
Je n'ai pas quitté le terrain parce que je ne voulais plus accompagner les gens
Je l'ai quitté parce que j'étais fatiguée de voir des familles entières se perdre dans un système qui aurait dû les porter. Ce qui m'a toujours intéressée, ce n'est pas le dossier administratif, c'est la personne dans son ensemble : son quotidien, ses proches, son logement, ce qu'elle veut encore faire seule et ce qu'elle accepte, ou pas, de déléguer.
Le vieillissement ne devrait pas commencer par une pile de dossiers. Il devrait commencer par une question toute simple, posée aujourd'hui et pas dans six mois : de quoi avez-vous besoin ? C'est peut-être là le vrai enjeu du bien vieillir, ne pas attendre de perdre le choix pour commencer à choisir.
Vivalea, c'est ma réponse à cela, construite pour les familles, pas pour l'administration.
D’autres articles qui pourraient vous intéresser


